
Dès la fin de juillet 1897, les hordes de chercheurs d’or avaient commencé à envahir Dyea et Skagway. Selon Hal Hoffman, cité dans le Official Guide to the Klondike Country, « le flot se maintient et on n’en voit pas la fin... La fin se trouve à New York, à Chicago, à San Francisco... »
Quiconque voulait entrer au Yukon devait selon le règlement avoir avec soi une « tonne de marchandises » — soit environ 1 000 livres de provisions (la quantité jugée suffisante pour assurer sa subsistance pendant un an, calculée à raison de 3 livres par jour pendant 365 jours), plus 1 000 livres d’équipement. Cette marchandise était transportée par étape, chaque chargement devant être mis dans des caches avant qu’on reparte en chercher un autre.
Les commerces de Vancouver, de Victoria, de Seattle, de San Francisco et d’ailleurs se faisaient une vive concurrence pour approvisionner les chercheurs d’or.
Archives du Yukon, collection Bill Roozeboom, nº 6303
Ceux qui arrivaient par bateau à Dyea étaient débarqués avec la cargaison à marée basse. Quantité de marchandises ont été gaspillées ou emportées par la marée haute avant que leurs propriétaires aient pu les réclamer. Un convoi organisé par Healy et Wilson effectuait chaque jour le trajet entre Dyea et le campement Sheep. Les bêtes de somme transportaient chacune 90 kilos et étaient accompagnées d’une équipe de porteurs autochtones et allochtones eux-mêmes lourdement chargés, et encore on n’arrivait pas à répondre à la demande.
À la fin d’août, en raison de la trop forte circulation et de 11 jours de pluie consécutifs, la piste du col White qu’on empruntait à partir de Skagway était devenue un véritable bourbier et a dû être fermée pour réflection pendant 4 jours. Mais les hordes continuaient d’affluer.
Portrait pris en studio d’un porteur autochtone, vers 1898. Les Tlingit de la côte ont exercé un contrôle sur les pistes de l’intérieur du pays pendant d’innombrables années. Le clan du Corbeau du village de Chilkoot, au sud de Dyea, avait le monopole sur le col Chilkoot jusque dans les années 1880, mais a par la suite autorisé les chercheurs d’or à emprunter la piste.
Archives du Yukon, fonds Eric Hegg, nº 2561
« On peut difficilement s’imaginer la confusion qui régnait quand toute cette cargaison — des tonnes et des tonnes de sacs, de caisses, de barils... — était débarquée sur les quais... »
R.C. Kirk, 1898, Twelve Months in Klondike
Photo: Archives du Yukon, fonds Anton Vogee, nº 114
Une fois les cols franchis avec tous leurs biens — ce qui n’était pas une mince affaire — les chercheurs d’or devaient encore se taper une randonnée de quelque 1 000 km en bateau jusqu’à Dawson. À Lindeman ou à Bennett, leur temps était employé à abattre des arbres, équarrir les grumes à l’aide de scies à main et construire des embarcations suffisamment solides pour entreprendre la descente du fleuve Yukon. Ils s’affairaient à un rythme d’enfer, tous plus pressés les uns que les autres d’arriver aux champs aurifères.
Sur le fleuve, ils devaient affronter les vents violents soufflant sur les lacs de tête, puis les rapides au canyon Miles et à la rivière Thirtymile, un endroit qui passait, selon le Klondike Nugget, pour être « un véritable cimetière où finissent quantité d’embarcations ». Venaient ensuite les rapides Five Fingers, qui avaient fait dire à Marvin Sanford Marsh dans son journal : « un moment — à peine une minute! — que je ne suis pas prêt d’oublier et que je ne veux jamais avoir à revivre! » Le périple s’achevait enfin à Dawson, qui, de petite agglomération abritant à peine une poignée de cabanes en rondins, s’était en l’espace d’un an métamorphosée en une fébrile ville-champignon où fourmillaient quelque 4 000 personnes à la fin de juin 1897.
Le 26 février 1898, l’inspecteur Belcher de la P.C.N.-O. a fait hisser le drapeau au sommet du col Chilkoot, marquant ainsi le début des activités de perception des droits de douane, et ce, bien que le tracé exact des frontières entre les États-Unis et le Canada fît encore l’objet d’un litige.
Archives du Yukon, fonds E. J. Hamacher (coll. Margaret et Rolf Hougen), 2002/118 nº 872
Dans son journal, en date du 27 juin 1898, Georgia White racontait qu’elle avait dû contourner les rapides du canyon à pied parce que les policiers n’autorisaient pas les femmes et les enfants à les descendre en bateau.
Bibliothèques de l’Université de Washington, collections spéciales, AWC1435
Dans une lettre envoyée à sa famille le 25 septembre 1897, Rebecca Schuldrenfrei disait de sa traversée du col Chilkoot : « quiconque ne l’a pas franchie ne peut savoir ni même s’imaginer ce que ça représente. »
Archives du Yukon, fonds Winter et Pond, nº 2293